Ressenti de Nathan | Toc Story
  • Lorsque Thomas a eu sa crise qui dura 3 ans, au début, je ne m’en souciais guère.
    Puis, au fur et à mesure que son handicap progressait de manière exponentielle, ma haine envers lui grandissait aussi. disait : « Papa ! », Thomas se mettait à s’énerver sur l’enfant innocent et commençait son rituel de plus en plus complexe de tics.
    Quand chaque fois que nous étions dans la voiture, ce qui était souvent le cas, il ouvrait sa petite fenêtre et s’énervait toujours pour un rien.
    Je voulais dans ces moments là le tabasser à mort mais je savais que cet être si faible qui était assis à côté de moi dans la voiture me ferait tellement pitié une fois que je me serais calmé de le frapper.
    Je ne pouvais plus supporter que dès qu’un enfant dans la rue ou dans le train
    J’étais en même temps haineux et furieux sur lui d’être à ce point atteint, son manque de courage et de prise en main me rendaient fou !
    Ma mère faisait tout ce qui était en son possible pour le guérir.
    Nombre de fois qu’elle pleurait de le voir si bas et qu’il ne finissait pas de tomber.
    On ne voyait pas le bout du tunnel après tant d’acharnements.
    Moi, je ne disais pas souvent quelque chose, je laissais aller. Je savais qu’il était dans les meilleures mains qu’il soit, celles de sa mère et des psychologues.
    Je ne voulais pas vraiment affronter ce problème et préférais m’évader dans mon monde à moi.
    Durant cette période, 3 ans qui bizarrement m’ont paru passer vite, je n’avais plus de frère pour moi.
    C’était juste quelqu’un qui m’était biologiquement proche. Voilà comment je voyais Thomas quand les gens me demandaient si Thomas et moi nous entendions bien.
    Je répondais que je ne l’aimais pas et ça choquait car on ne savait pas les problèmes qu’il y avait chez nous.
    Seules certaines personnes qui nous étaient proches le savaient.
    Tous les jours Thomas criait pour un rien dans l’appartement. On s’évitait l’un l’autre. J’avais moi-même d’autres problèmes dans ma vie scolaire qui me faisaient oublier Thomas.
    Paradoxalement, j’ai toujours minimisé l’amplitude de son problème pensant que c’était quelque chose de passager et puis je le trouvais arriéré (sans être méchant).
    Un peu pour cela, je pardonnais son handicap. Quand il était petit, je le trouvais intelligent. Puis, je l’ai trouvé un peu, beaucoup perturbé par le monde qui l’entoure et il voulait sûrement en faisant son rituel de tics se rassurer et se sentir protégé de choses qui lui font peur et qu’il ne contrôle pas.
    Un peu comme les enfants qui ne touchent que les carrés dans un trottoir dallé ou qui mettent leur veste d’une mauvaise manière mais qu’ils aiment (un des exemples donnés par le Docteur Dany). En cela aussi, je pardonnais à Thomas malgré mes efforts pour l’aimer.
    En conclusion, bien que j’aille eu beaucoup de colère en moi et nombre de fois envie de le taper, je minimisais beaucoup son cas et je ne me rendais pas bien compte de tout.
    Même durant sa crise, on jouait au ping pong l’un contre l’autre les we et j’aimais bien malgré ses nombreuses interruptions, ses rituels et ses énervements sur moi.
    J’étais quand même humain et compréhensif, plutôt compatissant et je lui pardonnais car j’avais envie, tout comme tout le monde, qu’il guérisse complètement et le plus vite possible.
    Cependant, j’ai toujours été extrêmement déçu par son manque de volonté d’aller mieux et par sa fainéantise.
    Ma mère avait mis tous les moyens possibles et inimaginables pour qu’il s’en sorte, peu importe l’argent dépensé et les sacrifices qu’elle faisait pour qu’il aille mieux !
    J’ai été triste qu’il fasse autant souffrir maman et qu’il s’en fiche de sa santé et des moyens qu’on a mis à sa disposition pour qu’il se sente bien.
    Finalement, je l’ai aussi renié. Je ne l’aimais plus comme avant. Il m’avait trop déçu !
    Les années ont passé et aujourd’hui, j’ai retrouvé des relations fraternelles avec Thomas.
    Maintenant, je m’en réjouis !

    Nathan

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